La fraude en entreprise, un mal très français

Pas moins de 10 % des fraudes signalées par les entreprises françaises l’an dernier concernent l’escroquerie dite « au président », selon l’étude du cabinet PwC que Le Figaro présent en avant-première. Une nouveauté et une spécificité très française car cette méthode semble peu utilisée ailleurs. Le mécanisme est simple : l’aigrefin se fait passer au téléphone pour le dirigeant de l’entreprise et demande à un comptable d’effectuer un virement à l’étranger pour financer une acquisition confidentielle. L’usine Seretram qui met en boite le maïs Géant Vert dans les Landes a ainsi été délestée de 17 millions d’euros.

 

 « Le problème n’avait pas été pris assez sérieusement par les entreprises, dans un premier temps, car elles ne pensaient pas pouvoir être victimes de ce genre de stratagème », souligne Jean-Louis Di Giovanni, associé PwC du département Litiges et investigations qui réalisé l’étude. Toute la subtilité réside dans le fait que l’escroc s’adresse à un simple comptable, profitant généralement de l’absence de ses responsables. Il dispose souvent de bons renseignements sur le patron qu’il est censé incarner et met en valeur et en confiance son interlocuteur. Au besoin, le fraudeur lui met la pression en expliquant que cette transaction est vital pour l’avenir de l’entreprise. Il ne lui reste qu’à profiter, la plupart du temps, d’une weekend prolongé pour réaliser son arnaque et empêcher ainsi le blocage du virement.

 Malgré cette nouveauté, l’étude PwC une nette progression de l’aptitude des entreprises à déceler une fraude. En 2009, seules 29 % d’entre elles déclaraient en avoir détecté une contre 55 % cette année. »Cette augmentation est particulièrement forte en France, note Jean-Louis DI Giovanni. Elle montre que les entreprises ont pris conscience du problème et se donnent les moyens de dépister des fraudes plutôt que de les découvrir par hasard alors que le mécanisme s’est installé parfois depuis trois, cinq voire dix ans. » Les sommes en jeu sont loin d’être négligeables : le tiers des fraudes représente plus de 100 000 dollars (73 000 euros).

 Cybercriminalité en hausse

 La méthode la plus courante de détection reste l’identification des transactions inhabituelles. En épluchant régulièrement la comptabilité, une part significative de la fraude peut être détectée : c’est celle des « opportunistes » qui profitent de la faible surveillance mise en place par l’entreprise. A noter : la fraude est commise dans 60% des cas par un salarié, plutôt âgé (entre 41 et 50 ans dans 43% des cas) et disposant d’une solide ancienneté (plus de dix dans 50% des cas) car il faut la confiance de management et le temps de maîtriser les procédures de sa société.

 C’est désormais la cybercriminalité qui préoccupe car elle s’organise et se professionnalise. Elle est devenue cette année la deuxième source de fraude la plus courante en France, derrière le détournement d’actifs et pas moins de 44 % des entreprises redoutent d’en être victimes dans les deux ans qui viennent. « Aujourd’hui, les entreprises brassent énormément de données puisque 80 % des informations stockées dans leur système n’existaient pas il y a seulement deux ans, précise Jean-Louis Di Giovanni. Tout l’enjeu va être d’identifier les données les données les plus sensible pour mieux les protéger ensuite. » Dernière victime en dat : Le distributeur américain Target auquel on été volées les données de 110 000 millions de ses clients !